80 ans de « Paroles », le premier recueil de Jacques Prévert
Le 10 mai 1946 sortait le premier recueil de Jacques Prévert intitulé Paroles. C’était il y a 80 ans !
Un premier « recueil » clandestin
Jacques Prévert écrit depuis 1928 sans jamais chercher à se faire éditer. Seuls quelques textes paraissent mais uniquement dans des revues, comme Bifur ou Soutes.

En 1940, Emmanuel Peillet, professeur de philosophie à Reims, a l’idée de réaliser « artisanalement » un premier recueil de Jacques Prévert avec ses élèves. Ils réunissent huit textes de l’auteur parus dans des revues spécialisées et composent un livret de 20 feuillets.
Ils le reproduisent en 200 exemplaires qui circuleront clandestinement. Emmanuel Peillet adresse le recueil à Jacques Prévert qui en sera très ému.
La rencontre avec René Bertelé
Jacques Prévert n’a pas encore été édité lors de la parution de ce recueil « clandestin ». Il n’en a ni l’envie, ni l’intention.
Mais en 1944, alors qu’il se promène sur le boulevard Saint-Germain, il croise son ami Robert Clavel, décorateur de cinéma. Celui-ci lui dit connaître quelqu’un qui a envie de publier ses poèmes et lui donne le nom et le numéro de téléphone de l’intéressé. Et Jacques Prévert raconte : « Je ne saurai jamais, alors qu’en général j’avais refusé, même à des éditeurs, ça me compliquait l’existence, je ne sais pas pourquoi j’ai appelé René Bertelé ».
Jacques Prévert et René Bertelé devant la Guilde du livre en 1956 – Coll. Département de la Manche

Ancien professeur de français, René Bertelé vient tout juste de fonder sa maison d’édition Le Point du jour. Il a rencontré Jacques Prévert deux ans auparavant, dans le sud de la France. Ravi de l’enthousiasme de Prévert, l’éditeur s’attelle à la conception d’un « vrai » recueil.
Le succès de Paroles
René Bertelé rassemble des textes parus ici et là depuis 1930. Il les regroupent avec l’aide de l’entourage de Prévert et de ses admirateurs. Ainsi, l’éditeur explique : « C’est un cas très exceptionnel, la publication de ce livre, car les textes étaient dispersés aux quatre coins de Paris, aux quatre coins des amis, aux quatre coins des revues. ». Il les agence dans un ordre chronologique.

Le titre choisi est Paroles, sans doute parce que, comme le dit Prévert, « les écrits s’envolent, les paroles restent ».
Le poète compose la couverture lui-même sur une photographie de graffiti de son ami Brassaï.
Dès sa sortie, Paroles est un succès fulgurant : 5 000 exemplaires vendus en une semaine et 25 000 au bout d’un an.
Poésie novatrice et atypique, cette modernité plaît au public avide de liberté après la dure période de l’Occupation.
Face au succès exceptionnel du recueil, une nouvelle édition augmentée de 16 textes voit le jour en 1947. Ce sera l’édition définitive de Paroles.
La poésie, c’est ce qu’on rêve et qu’on imagine, ce qu’on désire et ce qui arrive, souvent.
Jacques Prévert